COMMENT UTILISER LE FINANCEMENT PARTICIPATIF SUR INTERNET

Le financement est à l’évidence une difficulté commune à la plupart des business qui démarrent ou veulent s’étendre. Le financement classique par un prêt bancaire est le moyen le plus évident, avec les difficultés que cela peut comporter, on laisse ce sujet pour le moment …

Un moyen pour demander de l’argent au grand public

Dans cet article, on va aborder un moyen original d’obtenir du financement, grâce auquel vous allez pouvoir vous adresser directement au public, mais au lieu de toucher uniquement les personnes de votre entourage, de votre famille, ce moyen vous met potentiellement en capacité de vous adresser à des dizaines de millions de personnes à qui vous allez présenter votre projet et demander un petit prêt ou un petit don.

L’outil qui permet de réaliser cela s’appelle une plateforme de financement participatif (ou crowdfunding en anglais). C’est un site web sur lequel des entrepreneurs présentent leurs projets et où le public peut donner ou prêter sous certaines conditions la somme de son choix pour soutenir tel ou tel projet. Ces plateformes sont devenues populaires aux USA et en Europe, notamment depuis que Barack Obama a levé 150 millions de dollars pour sa campagne de 2012 de cette façon.

Attention toutefois, ce chiffre impressionnant ne doit pas faire illusion, la plupart des projets financés par ce moyen le sont pour des montants modestes, n’espérez pas faire financer les investissements lourds de votre SA ici, cela n’en demeure pas moins un outil à considérer pour un entrepreneur individuel ou une petite entreprise.

On peut voir le financement participatif un peu comme une adaptation sur internet du système africain traditionnel de la tontine !

C’est donc un système qui devrait trouver une bonne acceptation en Afrique, d’autant qu’il permet à quasiment tout le monde de participer en tant qu’apporteur de fonds. Inutile de dire que ceci mérite qu’on y porte attention car ça peut être l’opportunité de pouvoir financer le démarrage de votre business ou l’investissement nécessaire pour le faire décoller, dans un contexte de pénurie monétaire récurrent, notamment dans les zones CFA (Si vous voulez savoir pourquoi la en particulier, je vous renvoie à l’article L’étrange zone CFA sur ce blog.

Pour voir à quoi ressemble une telle plateforme, cliquer sur Ulule, Hello Merci ou KissKissBank qui sont des plateformes européennes. Vous pouvez aussi jeter un œil sur le leader américain Kickstarter (En anglais)

Les principes de la réussite

Le financement participatif est une opportunité pour le public de voter avec son portefeuille pour les projets qui lui plaise. Ainsi un projet apprécié par le public trouvera facilement l’argent nécessaire et la rapidité avec laquelle il le trouve est en soi un excellent indicateur de la future réussite du projet. Je veux pointer tout de suite deux facteurs de réussites essentiels pour le financement de votre projet :

  • Le projet doit être présenté de façon attractive, de façon à toucher le public et à lui donner envie de vous aider, sachant que la présentation se fait sur internet, l’utilisation de la vidéo est à conseiller, un projet qui n’utilise pas la vidéo pour sa présentation sera handicapé par rapport à celui qui l’utilise. J’ai envie de dire que la vidéo est quasi obligatoire.
  • Vous devez être capable de diriger du trafic vers votre projet, via les réseaux sociaux, un blog etc…

Donc il faut bien se dire qu’une certaine maîtrise de laprésentation est nécessaire pour mettre toutes les chances de votre côté. Heureusement, aujourd’hui il n’est pas du tout coûteux de faire une vidéo, et vous pouvez facilement vous faire aider (il y a peut être une idée de business la au fait !).

En ce qui concerne le trafic, voila aussi typiquement quelque chose pour lequel Business-en-Afrique pourra aider et de plus en plus au fur et à mesure de son développement, en dirigeant le réseau qui gravite autour du blog sur les projetsqu’on jugerait dignes d’être soutenu.

Ce qu’on peut ou pas faire financer

A la base, vous ne pouvez demander de financement que pour un projet. C’est à dire une action ou série d’actions précises, définies à l’avance et limitées dans le temps. Par exemple vous ne pouvez pas demander un financement pour vos dépenses récurrentes comme les factures d’électricité ou les salaires.

Egalement certaines plateformes posent des conditions sur la nature des projets finançables : par exemple que les projets présentent un aspect social, culturel, environnemental, etc. On trouvera des plateformes à vocation plutôt “bienfaisance” (orientée vers le don ou le troc) et d’autres à vocations plutôt “business” (orientée vers le prêt), d’autres ne posent pas de condition, ce qu’on appellera des plateformes généralistes.

Enfin, il y a toujours (ou presque toujours) un processus de sélection : vous présentez votre projet et, soit la plateforme l’accepte et vous entrez dans le processus de levée des fonds auprès du public, soit il est rejeté et vous devez revoir votre copie.

Demande de Dons ou de Prêts

On peut demander pour son projet des dons ou des prêts. Suivant les plateformes vous pouvez ou non avoir le choix.

Si vous êtes dans l’optique dons, vous devrez décrire très précisément ce que vous allez offrir en échange à vos donateurs, typiquement le porteur du projet établi des classes de dons en fonction de l’importance des dons (jusqu’à 15000 FCFA je donne ceci, jusqu’à 50000 FCFA je donne cela, etc.). En fait derrière “don” il faut plutôt entendre “troc” ici.

Si vous êtes dans la configuration “prêt” vous devrez décrire exactement comment vous allez rembourser, à partir de quand, avec quel taux, suivant quel échéancier.

Pour tout cela, je conseille d’aller sur les sites et de voir comment les porteurs procèdent afin de s’en inspirer.

Techniques de collecte et rémunération de la plateforme

Dans tous les cas vous commencez par définir le montantdont vous avez besoin et la durée de la collecte (avec une durée maximum dictée par la plateforme). Il y a deux grands principes de collecte :

  • tout ou rien
  • je prends ce qu’il y a

Suivant les plateformes, vous pouvez ou non avoir le choix de l’une ou l’autre et il y a aussi des méthodes mixtes (par exemple je peux prendre si j’ai au moins 25 % de l’objectif de collecte).

Dans la configuration “tout ou rien”, si au terme de la durée limite vous avez atteint l’objectif ou au delà, c’est gagné ! Vous empochez le tout. Sinon, si vous n’avez pas atteint l’objectif, vous ne touchez rien du tout et les préteurs (ou donneurs suivant le cas) ne sont pas débités.

Dans la configuration “je prends ce qu’il y a”, à l’issue de la période de collecte, vous empochez ce qui a été récoltémême si votre objectif n’est pas atteint.

Quelle option choisir ?

La deuxième option peut sembler plus favorable à première vue mais il y a des choses à prendre en considération derrière les apparences.

Déjà, il faut comprendre que la plateforme se rémunère en prenant un pourcentage sur les fonds qui ont été levés. Et elle prendra un pourcentage plus faible sur un “tout ou rien” que sur un “je prends ce qu’il y a”, par exemple respectivement 4-5% et 8-10%. Donc le porteur doit anticipercela et demander plus de fonds dans le “je prends ce qu’il y a”.

Ensuite, il y a une question de crédibilité, si vous avez besoin de 2 500 000 FCFA par exemple, c’est pour quelque chose de précis et si vous n’obtenez pas la somme dont vous avez besoin, vous ne pourrez pas de toute façon mener à bien votre projet et l’argent pourrait être utilisé pour n’importe quoi d’autre, ce qui décrédibilise tout le système.

C’est pourquoi, j’inciterais à plutôt choisir la première option qui est signe de votre engagement et vous pousse à faire une présentation en y mettant le meilleur de vous même, en vous impliquant à 100 %. Le raisonnement de se dire “bon, si je récolte un peu ce sera toujours ça de pris” ne vous mènera à rien, ce n’est pas le raisonnement qu’on peut attendre d’un entrepreneur engagé. Et même si vous échouez, avec le “tout ou rien”, vous aurez fait votre 100 % et vous pourrez rester fier de ce que vous avez fait.

Pré-requis pour présenter un projet

Il y a 2 grandes contraintes incontournables pour l’utilisation des plateformes, et ces contraintes peuvent éventuellement se combiner :

  • Résider dans le pays de la plateforme. Par exemple, à ce jour pour utiliser Kickstarter, vous devez résider aux USA !
  • Avoir un compte en banque dans un espace géographique donné.

Vous dites-vous, “Aie! C’était trop beau pour être vrai !”. Mais attendez, ne vous découragez pas ! Continuez à lire, il y a de l’espoir !

Bon, si la règle d’utilisation de la plateforme impose d’être résident, il n’y a rien à faire. Par contre la deuxième contrainte n’est pas insurmontable. En effet Si l’obligation d’avoir son business sur le territoire national est clairement spécifiée sur les plateformes américaines que j’ai visitées, il reste que sur les plateformes européennes suivantes :

Ulule

Il est demandé que le porteur du projet dispose d’un compte bancaire “domicilié dans un des 27 pays membres de l’espace européen ou un des 4 pays suivants : la Suisse, Le Liechtenstein, la Norvège et l’Islande…”

Hello Merci

Il est demandé un compte en banque en France spécifiquement, mais la plateforme annonce étudier l’extension de sa couverture au même niveau qu’Ulule.

Donc, si vous être capable d’ouvrir un compte en banque en France par exemple, vous pouvez utiliser les plateformes ci-dessus. Si ça peut vous paraître rébarbatif, vous pouvez trouver de l’aide, de plus le blog a un pied en Europe et l’autre en Afrique, ça peut servir !

Une plateforme sans contrainte de domiciliation bancaire

KissKissBankBank

Maintenant complètement ouverte à l’international. Il vous suffit d’être majeur et d’avoir un compte en banque dans votre pays pour recevoir les résultats de votre collecte. Fonctionne sur le mode « tout ou rien« , 5 % de commission, 3 % de frais financiers. Les projets doivent présenter un aspect créatif au sens large et aboutir à un résultat concret et palpable (Un livre, un reportage, une exposition …).

Mais on peut voir l’installation d’un paysan Bio par exemple, il y a donc une place pour les entrepreneurs en fonction de la créativité de leur projet.

Par ailleurs KissKissBankBank introduit une notion de mentors. Un mentor est une personne morale (entreprise, collectivité, ONG, …) qui soutient des projets en leur faisant bénéficier de son réseau, de sa capacité de communication. Vous pouvez accroître considérablement la visibilité de votre projet et donc ses chances de financement en faisant supporter votre projet par un mentor adapté.

Autres plateformes en Europe

particeep & wiseed

Ces plateformes sont orientées vers les PME déjà très bien structurées et d’une certaine importance, ou des startups déjà bien soutenues. Ici l’acceptation des dossiers impliquera un business plan établi suivant des standards classiques qui sera soumis à des évaluateurs recrutés par le site. Et une prise de participation sera faite, ce qui implique d’être une société de capitaux avec des actions. Nous sommes dans des relations proches de celles qu’on trouve dans une demande de prêt classique auprès d’un établissement bancaire classique et l’importance des sommes demandées est typiquement de l’ordre de quelques centaines de milliers d’Euros (Dizaines de millions de francs CFA).

Ces plateformes ne sont pas dans la philosophie du crowdfunding au sens propre, ce sont plutôt des entreprises d’equity placement qui utilisent le placement participatif de façon marginale et encadrée. Elles ne sont pas adaptéesaux entrepreneurs individuels, aux micro entreprises, au business qui démarre, aux entrepreneurs qui veulent sortir leur activité du secteur informel etc. ces derniers doivent s’orienter vers les plateformes généralistes citées au paragraphe précédent.

Les plateformes en Afrique

Il y a maintenant un certain nombre de ces plateformes ciblant spécifiquement les pays africains qu’on va passer en revue ici. Le premier constat c’est que les plateformes africaines orientées business sont presque essentiellement dans les pays de langue anglaise FundFind et ThundaFunden Afrique du Sud, M-Changa au Kenya. Ces plateformes sont excellentes.

Nous avons identifié deux plateformes en français : DevHope (Cameoun) et Atadamone (Maroc)

Les plateformes en anglais

Fundfind est exemplaire de simplicité, elle impose simplement d’avoir un projet au sens propre, sans autre contrainte et elle utilise une passerelle qui permet aux personnes hors Afrique du Sud de payer par divers moyens (moyennant un pourcentage sur les transactions) et de transférer l’argent récolté vers le compte en banque du porteur du projet.

ThundaFund est similaire mais plus restrictive sur la nature des projets, et son processus elle parle de “projet créatifs et innovants avec un impact social et économique positif et significatif.

M-Changa a la particularité de permettre le transfert de fonds non seulement par Paypal et carte de crédit, mais également, ce en quoi il est unique, avec son téléphone portable, par Mobile Money (M-Pesa & Airtel Money), c’est vraiment très innovant et bien adapté à l’infrastructure africaine où les réseaux de téléphonie mobile sont dominants. Toutefois les transferts Mobile Money sont limités au Kenya à ce jour.

Fundfind et ThundaFund ne supportent que les projets de leurs résidents, par contre M-Changa accepte tout le monde ! Après il faut voir les finesses de fonctionnement, je préciserai cela dans un petit article spécifique à venir.

Il y a une dernière plateforme qui s’annonce pour le petit business, au Ghana : SlizeBiz mais si son site existe bien, le service n’a pas encore démarré : à suivre …

Les plateformes en français

Esprit Equity Placement

Fadev est une plateforme spécialisée dans les projets africains en zone CFA, mais dans l’esprit « Equity Placement » déjà expliqué ci-dessus. C’est à dire que le public investit dans la société d’Equity Placement qui elle même investit dans le projet. Elle présente néanmoins les projets sur son site internet et affecte l’argent recueilli respectivement au choix du public.
Du point de vue de l’entrepreneur, nous sommes dans un schéma de présentation de projet classique, business plan en bonne et due forme etc. Les projets sont sélectionnés par FADEV avant d’être présentés au public.
Parmi les critères de choix,les projets doivent contribuer, entres autres, au « développement endogène et durable du pays » et à une « mise en valeur de savoir-faire locaux et de spécificités africaines« , typiquement, vous ne pourrez pas faire financer ici un site web de vente en ligne de produits de luxe importés !

Esprit Crowdfunding

DevHope (Cameroun) : plateforme orientée vers les projets d’intérêt général, d’accompagnement social, d’éducation, etc. donc pas vraiment business. Ceci dit, ça ne coûte rien d’essayer, et la plateforme est ouverte aux porteurs non nationaux (J’ai vu des projets sur le Burkina par exemple)

Atadamone (Maroc) : plateforme qui annonce une orientation innovation, mais n’impose pas de restriction sur le contenu des projets, elle est encore toute jeune. Elle fonctionne sur le mode tout ou rien et prend un pourcentage sur les dons. Elle pourrait être une plateforme généraliste à condition de gagner de la visibilité auprès du public. A noter que la plateforme propose un widget qui permet depromouvoir le projet à travers d’autres sites web (Comme business en Afrique par exemple !)

A ce jour, il faut considérer ces plateformes comme des supports techniques pour faire connaître votre projet et gérer les transferts de fonds des donateurs mais pascomme des plateformes de promotion. Vous devrez assurer votre promotion vous même, c’est-à-dire utiliser les réseaux sociaux, des mailing vers des listes, le soutien d’autres site web capable de mobiliser le public ad hoc etc …

Conclusion

Les stratégies envisageables du porteur de projet africain francophone qui veut faire appel au crowdfunding seraient :

  • Si son projet peut prétendre à un bon niveau de créativité : KissKissBank
  • Utiliser une des plateformes africaines, à condition d’être capable d’assurer sa promotion.
  • Ouvrir un compte bancaire en France et travailler avec les plateformes généralistes européennes.

Il manque encore une plateforme généraliste disposant d’une bonne visibilité auprès du public mondial et facilement utilisable par les porteurs de projets africains.

Conseils

  • Familiarisez vous avec ces plateformes.
  • Voyez comment d’autres ont présenté leurs projets.
  • Imaginez-vous décrivant le votre de façon à ce qu’on ait envie de le soutenir.

Question

  • En oubliant les contraintes bancaires, qu’est-ce que vous pensez être la difficulté numéro un pour utiliser ces plateformes de financement participatif pour vos propres projets ?

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